Auteur : Thremendous
Traductrice : Moonkissed
‘Le Conte des Crépusculaires…?’
C’est au moment où je regardai le livre d’images, les yeux tremblants.
— Seigneur Immortel…?
— …Ah, pardon. Je te le lis.
Je lis le livre d’images.
Le contenu du livre était à peu près le suivant :
Il était une fois un Dieu Suprême qui régnait sur les cieux.
Le Dieu Suprême avait sept disciples chéris, et un jour ils eurent un grand différend avec lui.
Les disciples quittèrent le royaume céleste gouverné par le Dieu Suprême et descendirent dans le monde des humains.
Voyant que les sept disciples n’obéissaient pas à son ordre, le Dieu Suprême les appela les Crépusculaires.
Mais le monde humain était rude, et les sept Crépusculaires versèrent des larmes de souffrance, nostalgiques du royaume céleste.
À cette vue, le Dieu Suprême créa un chemin d’ascension pour que les sept disciples puissent revenir, et fit en sorte qu’ils atteignent les cieux en empruntant cette voie.
On dit que les sept Crépusculaires suivirent la voie céleste tracée par le Dieu Suprême, retournèrent au royaume qu’il gouvernait et vécurent heureux à ses côtés, l’assistant.
Voilà, en gros, l’histoire de ce conte.
Et puis—
Frisson, frisson !
Sans raison, un dégoût mêlé de peur monte du plus profond de mon âme et s’empara de mon corps.
J’eu soudain la chair de poule.
Pourquoi ?
Ce conte était en soi une sorte d’histoire pour enfants destinée à inculquer la leçon de « ne pas quitter la maison à la légère ».
Mais—
‘Pourquoi ?’
Je sens quelque chose d’ominieux à chaque ligne de ce conte.
Surtout à la fin, au passage où les Crépusculaires vivent heureux auprès du Dieu Suprême : à la lecture, des frissons m’ont recouvert tout entier.
— Seigneur Immortel, ça va ?
L’enfant, inquiet, tira sur ma manche.
— Ah… !
Je réalisa soudain que je m’étais tassé, le visage crispé.
— Ça va. Je… je me sens juste un peu mal, ne t’en fais pas.
‘Qu’est-ce que c’est que ça ?’
Cette émotion jaillit d’un endroit plus profond que mon âme en réponse à une phrase, à un contenu que je n’avais jamais vus.
Il y avait quelque chose d’étrange.
Qu’était-ce donc que cette histoire ?
‘Y a-t-il autre chose de caché dans ce livre ou dans le papier ?’
Après « Le Conte des Crépusculaires », je passe au récit suivant.
— Ah, celui-là, je le connais.
Heureusement, à partir du deuxième, ce sont des contes ordinaires que j’avais déjà lus.
Comme l’histoire de l’homme qui se jeta sur la glace en plein cœur de l’hiver pour attraper une carpe à faire manger à sa mère.
Ou celle du vieil homme qui érigea une pagode pour offrir un rite au destin.
C’étaient des récits transmettant la leçon — la sincérité touche le Ciel, que j’avais déjà vus ; cette fois, je les lis à l’enfant tranquillement, sans malaise.
Juste alors…
‘Hm ? Celui-ci aussi, je ne l’ai jamais vu…’
Le treizième chapitre, « Le Conte du Peuple de la Terre Sphérique », m’est également inconnu.
‘Ah, ça…’
C’est l’histoire dont Buk Hyang-hwa m’avait parlé.
On y dit que les gens vivent dans un lieu appelé le Royaume Astral, collés à une terre de forme sphérique.
— Waouh, comment les gens peuvent-ils vivre collés au sol ? Ceux qui vivent sous la partie ronde tomberaient, non ?
— …En effet.
Je souris avec amertume et tourna les dernières pages.
Le dernier chapitre du livre porte sur « Le Bout du Monde », que j’avais déjà lu.
On y raconte que si l’on part vers l’est, l’ouest, le nord ou le sud, on atteint les confins du monde, et l’on parle d’une Force de Bouclier du Monde entourant le monde.
Et, dans ce dernier chapitre, il y a une carte montrant grossièrement à quoi ressemble ce monde.
— Ceci…
Au centre de la carte, il y a un grand désert, et, au cœur du désert, quelque chose comme une petite île est dessiné.
À gauche du désert, des pays qui semblent être Byeokra, Yanguo et Shengzi.
À droite, divers États.
En haut, une vaste prairie.
En bas, une mer sans fin.
Et, aux extrémités de l’est, de l’ouest, du nord et du sud, des lignes de frontière nettes ; au-delà de ces lignes, on a dessiné le soleil, la lune, les étoiles, etc.
‘Serait-ce… l’ensemble de ce monde… hmm ?’
Soudain, je remarqua à l’extérieur de la carte un très petit objet cylindrique, et mes yeux s’écarquillèrent.
‘Le Palais des Commandements…? C’est mentionné ici aussi ? Hein…’
Pour un simple livre d’images de campagne, le contenu est d’une précision étonnante.
Puis, je remarqua un autre aspect étrange.
— Seigneur Immortel, regardez. Le soleil et la lune, là~
L’enfant pointa le soleil et la lune dessinés hors de la carte et dit :
— On dirait des yeux !
— ……
Sur la carte, le soleil et la lune ressemblaient à des globes oculaires.
Dans le soleil doré, on distingue, à peine visibles à l’œil, des choses comme des vaisseaux sanguins et une pupille ; la lune argentée était identique.
Les pupilles du soleil et de la lune étaient tournées vers le continent au centre de la carte.
Frisson, frisson !
Dès que je les reconnus comme des « yeux », un froid me parcourut l’échine.
— Qu’est-ce que c’est que cet endroit… ?
Tout à coup, le soleil couchant et la lune montante, au loin, me paraissaient d’un funeste présage.
‘…Non, impossible. Ce n’est qu’un livre détenu par un enfant de la campagne. Celui qui l’a fait a dû dessiner ça pour s’amuser…’
Je força un rire, chassant les pensées terrifiantes qui m’étaient venues.
‘Mais pourquoi, dans le livre d’une fillette de village, trouve-t-on une carte où le Palais des Commandements et même le Sentier d’Ascension du Désert Fouleur des cieux sont dessinés avec une telle précision… ?’
Craaac…
Même après avoir refermé le livre, les pupilles pâles tracées dans le soleil et la lune ne quittaient pas mon esprit.
Que voulait transmettre la personne qui a fait ce livre ?
Et y a-t-il un secret caché dans ce volume ?
— Pourrais-tu me donner ce livre ?
— Hein ? Non ! Je dois le lire avec ma sœur quand elle viendra !
— Hmm…
J’afficha un air embarrassé.
‘Comment faire… Il n’y a pas moyen…’
La fillette semblait assez têtue.
Alors, je vis le soleil se coucher au loin.
— La nuit va bientôt tomber.
C’est l’heure où les créatures venimeuses commencent à rôder.
— Au fait, petite, tu ne devrais pas rentrer maintenant ? C’est dangereux de traîner dehors la nuit.
— Euh… j’attends ma sœur…
— Il y a un festival au village aujourd’hui, tu ne veux pas y aller ?
— Euh…
Après un instant de réflexion, la fillette me prit la main et dit :
— J’irai si vous venez avec moi, Seigneur Immortel !
— Euh… ? Moi…
— Si le Seigneur Immortel n’y va pas, je n’irai pas non plus !
Finalement, je soupirai et fis s’effondrer le siège de terre que j’avais façonné par sort.
— D’accord, d’accord. J’y vais aussi.
Aussitôt après, je forma un autre sortilège et créa une poupée d’argile.
Murmure, murmure…
Utilisant l’Incantation de l’Âme Yin Fantomatique, je lança une petite malédiction et la greffa dans la poupée d’argile.
— Ouah, Seigneur Immortel. C’est quoi cette poupée ? Elle fait peur…
— …C’est une poupée maudite.
L’Incantation de l’Âme Yin Fantomatique comprend une méthode pour créer des poupées maudites et les manipuler à distance par les malédictions.
Je peux jeter des malédictions à travers la poupée maudite, et aussi lui donner des actions en y infusant une ou deux malédictions.
Le fondateur de l’Incantation de l’Âme Yin Fantomatique, qui maniait simultanément cent huit malédictions, aurait créé une poupée humanoïde, y aurait infusé ces cent huit malédictions et l’aurait manipulée comme une véritable personne.
Fouff !
La poupée chargée de malédiction frissonna maladroitement et se dressa au bord du village à ma place.
— Elle montera la garde pour moi.
Si quelque chose franchit la limite du village, la poupée maudite enverra un signal ; je le percevrai et pourrai éliminer la menace à distance.
— Ouah… Seigneur Immortel, vous êtes trop fort !
— Ha ha, maintenant que tu as vu un truc intéressant, hâtons-nous d’entrer au village.
Je pris la main de l’enfant et nous entrons ensemble dans le village.
Dans le même temps, formant un nouveau sort, je créa trois autres poupées d’argile, les imprégna de malédictions et les envoya aux quatre coins du village.
Cela devrait suffire pour la défense.
— Oh là, Cultivateur Seo participe aussi au festival ?
Buk Hyang-hwa, vêtue de la tenue rituelle immaculée des fêtes, me vit marcher avec la fillette.
Conformément aux règles du festival, elle n’a pour tout ornement qu’une simple épingle à cheveux, comme les autres femmes du village.
— Oui, grâce à cette enfant.
— Waouh, c’est une demoiselle immortelle !
La fillette s’approcha de Buk Hyang-hwa et l’admira, parée de l’habit traditionnel du village.
Bien que sa beauté ne soit pas hors du commun, vêtue de blanc et soignée, elle paraissait fort élégante.
— Ah, le Seigneur Immortel participe aussi au festival ?
Le chef du village et quelques hommes s’approchèrent et demandèrent.
— Oui, mais… il y a un problème ?
— Non ! Pas du tout. Nous nous demandions si vous étiez au courant des fêtes de la montagne.
— Oui, je sais. La Cérémonie du Grand Rocher, la Cérémonie de la Récitation Commémorative, la Danse des Deux Immortels. Ce sont les trois plus célèbres, n’est-ce pas ?
— Exact. Ce festival est justement la Danse des Deux Immortels. Après que des gens ont été enlevés par des bêtes nuisibles, nous accomplissons toujours ce rite pour apaiser nos cœurs et nos esprits.
Dans les régions montagneuses de Shengzi, il y a la Cérémonie du Grand Rocher, tenue une fois l’an quand la foudre couvre toute la chaîne ;
la Cérémonie de la Récitation Commémorative, fête d’érudits récitant classiques et écrits, organisée par Shengzi réputé pour ses Écritures ;
et la Danse des Deux Immortels, célèbre pour prier afin que de tels enlèvements par bêtes ou démons ne se reproduisent plus dans les montagnes.
— Je suis au courant. Oh, mais pour participer à la Danse des Deux Immortels, tous les participants ne doivent-ils pas porter la même tenue…
Je me rendis compte qu’il n’y aurait sans doute pas de vêtements de rechange si je décidai d’y prendre part à la dernière minute.
— Ce n’est rien. On peut vous trouver des habits à votre taille chez les jeunes gens de même stature…
— Eh bien, dans ce cas, je ferais mieux de ne pas participer.
Vous dites ça, mais n’est-ce pas une manière polie de me le déconseiller ?
C’est alors que Buk Hyang-hwa s’approcha et me demanda :
— Quel est le problème ?
— Oh, je n’ai pas la tenue pour participer, alors j’ai décidé de m’abstenir.
À mes mots, elle rit et dit :
— Oh, ce n’était que ça ? Dites-le au chef. Je vais confectionner des habits pour le Cultivateur Seo.
— Hein… ? Qu’entendez-vous par là ?
— Allez, dites-lui vite.
Bien que perplexe, je transmis ses paroles au chef. Il rit de bon cœur, hocha la tête, puis s’éloigna.
— Mais, demoiselle Buk, le festival va commencer…
— C’est bon, tendez les bras.
Elle sortit prestement un outil semblable à un mètre ruban de son dispositif de stockage, prit mes mesures, puis en extirpa autre chose.
Boum !
Badaboum !
De son dispositif, un objet comme une petite maison-maquette surgit et tomba devant nous en faisant un boucan.
— C’est…
— C’est mon atelier portatif. Attendez un peu. Je vous le fais vite et je vous l’apporte.
Peu après, des bruits de mouvement précipité se firent entendre à l’intérieur, et elle ressortit avec une robe daoïste blanche.
— …Vous aviez déjà cette tenue dans l’atelier ?
Je jettai un œil à l’intérieur, stupéfait par cette vitesse irréelle.
— Pourquoi aurais-je eu les habits traditionnels de cette région en réserve ? Cessez de chipoter et essayez.
— Huh…
‘Est-ce cela qu’on appelle un Talent de Loi des Motifs Extraordinaires…’
Ceux qui naissent avec un talent pour « fabriquer ».
Je ne sais pas pour les artefacts ordinaires, mais des vêtements, elle peut en produire en un clin d’œil.
Je restai un instant ébahi, pris la tenue et me changea dans l’atelier.
Le vêtement était une robe blanche ample. Même les chaussures allaient à la perfection ; vu de l’extérieur, on aurait dit un héron blanc.
— Hmm, cela sied fort bien au Cultivateur Seo, n’est-ce pas ?
— Hmm, merci. Mademoiselle Buk, cela vous va aussi à ravir.
— Oh, merci.
Boum !
Elle rétracta ensuite son atelier portatif et le rangea à nouveau.
Je me rendis vers le lieu où le festival allait commencer.
Là, le chef du village s’affairait à la préparation.
— Ah, Seigneur Immortel. Vous voilà. Ha ha, vous avez fière allure. Combien de fois avez-vous vu la Danse des Deux Immortels ?
— Ah, en vérité, c’est la première. Jusqu’ici, je n’en avais lu que dans les textes anciens.
Le chef caressa sa barbe et hocha la tête.
— C’est un honneur pour notre village d’offrir au Seigneur Immortel sa première Danse des Deux Immortels.
— Et c’est un honneur pour moi d’assister à une tradition si ancienne.
— Ce festival se transmet depuis seize cents ans dans les montagnes de Shengzi. Puissiez-vous l’apprécier.
Je demande, surpris :
— Seize cents ans… C’est une tradition d’une grande profondeur historique, n’est-ce pas ?
— Oui. La légende dit que jadis, deux immortels terrassèrent un démon fameux en ces montagnes, et la Danse des Deux Immortels serait née de la danse qu’ils exécutèrent ensemble.
C’est pourquoi, quand des gens sont enlevés par des monstres ou des bêtes nuisibles, nous célébrons le festival en priant pour le pouvoir miraculeux de ces immortels, afin que de tels drames ne surviennent plus.
Le chef, ému, essuya des larmes.
— Jusqu’ici, le village était trop proche de l’habitat du démon scolopendre ; quand des gens étaient pris, nous n’osions même pas songer à récupérer les corps, encore moins à tenir une fête porteuse d’espoir.
Mais à présent, telle la légende, deux immortels sont apparus et ont sauvé notre village, et je ne saurais dire à quel point je suis touché.
J’écoutai en regardant les préparatifs.
Bientôt, le soleil se coucha, et le festival commença.
Les femmes et les anciens jouaient du tambour et du qin, tandis que d’autres pinçaient le pipa chez eux.
La musique n’était pas trop légère ; pour un rite mêlant consolation des défunts et douceur, elle était à propos.
Puis, les jeunes hommes et femmes se rassemblèrent au centre.
Tous vêtus de la même robe blanche, les femmes du village s’avancèrent, distribuant à chacun un éventail de papier.
Qu’ils viennent de leurs maisons ou non, ils étaient tous de formes diverses et également usés.
Certains n’étaient que des papiers grossièrement pliés, faute d’éventails en nombre suffisant.
Frou-frou !
De chaque côté de la clairière, on déroula des rouleaux peints figurant deux immortels d’antan.
Le chef du village, en tête de la clairière, pria pour les âmes des défunts, implorant le pouvoir miraculeux des deux immortels pour que de telles tragédies ne se reproduisent plus.
Et la danse commença.
La Danse des Deux Immortels était, littéralement, une danse où des couples mixtes, chacun tenant un éventail, exécutent des figures ensemble.
Singulièrement, au début du rite, le visage des femmes est couvert d’un voile de coton blanc, de sorte qu’on a du mal à se reconnaître.
— Ah, Mademoiselle Buk a complètement retiré sa conscience divine.
Ce ne serait pas amusant, si nous déployions tous deux notre domaine de conscience : nous nous identifierions instantanément.
Sur cette pensée, je ferma moi aussi les yeux et transforma ma conscience en Épée Sans-Forme.
Les couples se formaient dans la clairière.
Je glissa en périphérie, sans me jumeler, et lança mon Épée Sans-Forme au loin.
Souffle !
Une créature venimeuse, détectée par la poupée maudite alors qu’elle tentait d’entrer dans le village, fut frappée par l’Épée Sans-Forme et éclata.
Boum, boum !
Je dansais sans forcer, me concentrant davantage sur la défense du village depuis le centre.
Jusqu’à ce que Buk Hyang-hwa crée son artefact dans quelques jours, il est normal que je fasse de mon mieux pour protéger le village.
‘Je devrais pratiquer mes pas de côté, près du bord.’
Tandis que je m’exerçai à un jeu de jambes proche de la chorégraphie, en lisière—
— Hm ?
Au loin, quelqu’un dériva comme moi, et vint vers moi.
‘Pourquoi errez-vous aussi ?’
Elle semblait impatiente de participer au festival.
Je m’approcha de Buk Hyang-hwa, qui s’entraînait maladroitement.
À mon approche, elle me reconnut on ne sait comment et me regarda.
— C’est vous, Cultivateur Seo ?
— En effet, Mademoiselle Buk. Pourquoi traînez-vous ici ? Je croyais que vous aviez hâte de danser.
— Ah, ça… la danse est difficile.
Elle rit, un peu gênée. La curiosité me piqua, je demanda :
— Au fait, comment m’avez-vous reconnu avec ce voile de coton sur le visage ?
Elle avait caché sa conscience dans sa tête, comme une mortelle, pour profiter de la fête. Elle n’aurait pas pu s’en servir, et pourtant, elle m’avait reconnu aussitôt.
— Avec le voile, on ne voit que les côtés et les pieds de la personne en face…
— Comment ne vous reconnaîtrais-je pas, Cultivateur Seo ? Les habits, les chaussures, c’est moi qui les ai faits. Comment ne les reconnaîtrais-je pas ?
Elle rétorqua.
— Et vous, comment m’avez-vous reconnue, Cultivateur Seo ? Mon visage EST couvert, et je n’ai senti aucune conscience.
— Ah, ça…
Je commença à répondre tout en calant mes pas sur les siens.
— Je me souviens de votre respiration, de vos battements de cœur, de votre silhouette, de votre parfum, de la forme de vos mains, et ainsi de suite. Même si le visage est caché, ces choses-là ne changent pas.
À mes mots, elle sursauta et demanda :
— Pourquoi au monde mémoriser de telles choses ?
— Ah, parce que…
Je suis sur le point de dire « c’est une habitude d’alors que j’étais au sommet », mais ça sonne bizarre.
Même si je veux dire le sommet des arts martiaux, elle ne s’intéresse sans doute pas aux royaumes martiaux.
‘Ça fait un peu pervers…’
Devrais-je dire que c’est une habitude ?
‘J’ai l’habitude de mémoriser la respiration, le cœur, la carrure, l’odeur des gens, etc.…’
D’une certaine façon, ça paraît tout aussi louche.
‘Pourquoi est-ce que je m’embarrasse de ça ?’
Ce n’est pas seulement pour les gens : j’applique ce sens à tout l’environnement, donc je n’ai jamais trouvé cela étrange.
‘Bon, restons simple…’
Je choisis la réponse qui sonnait le plus normal.
— C’est juste que vous, Mademoiselle Buk, vous êtes particulièrement mémorable.
‘Oui, ça devrait sonner assez normal.’
Peu à peu, nos pas s’accordèrent, nous passons de la périphérie au centre de la clairière.
— Y a-t-il un problème ?
Je lui jetta un coup d’œil.
Buk Hyang-hwa n’avait rien répondu à ma réplique.
‘Hm ? Se sent-elle mal ?’
Pour une raison ou une autre, sa nuque, au-dessus du col, était rouge écarlate.
— Mademoiselle Buk, allez-vous bien ?
— ……
— Mademoiselle Buk ?
— Arrêtez de parler, Daoïste Seo. La danse est déjà assez compliquée sans que vous me troubliez.
— Ha ha, pardon.
Les pointes de nos éventails se frôlèrent.
Au même moment, mon Épée Sans-Forme encercla le village, refoulant les créatures venimeuses qui s’y ruaient.
Je fis trois pas à gauche et boucla un cercle complet.
Buk Hyang-hwa fit de même, tournant sur un cercle, et de nouveau nos éventails se touchèrent du bout.
Sans que nous nous en apercevions, nous avions atteint le centre, et le deuxième acte commença.
Frou-frou, frou-frou…
Les jeunes hommes commencèrent à retirer le voile de coton blanc couvrant le visage de leurs partenaires.
À l’imitation des autres, j’ôtai le voile de Buk Hyang-hwa.
— Ah… enfin je vois.
Elle semblait échauffée par le voile ; son visage était rouge et brûlant.
Encore une fois, nos éventails se frôlèrent.
Nous faisons trois pas vers la droite, complétant un autre cercle.
Mon Épée Sans-Forme, elle aussi, cerna le village, formant plusieurs anneaux superposés qui se déployaient en d’innombrables transformations, repoussant les créatures venimeuses.
Au centre du village, une multitude de torches, des tambours, le qin et les pipa résonnaient, mêlés aux pas de la jeunesse.
— Mademoiselle Buk, même à visage découvert, vous avez l’air d’avoir du mal avec la danse. Vous n’êtes pas à l’aise avec le mouvement ?
— Vous vous moquez de ma maladresse, Daoïste Seo ? Quand on pense que vous ne saviez même pas vous habiller correctement, vous êtes mal placé pour parler, non ?
— Ha ha, toutes mes excuses.
Les bouts de nos éventails se touchèrent plusieurs fois, et nous rions, nous taquinant au milieu de ce festival singulier des montagnes.
Certains riaient, d’autres pleuraient, d’autres battaient le tambour.
D’autres encore priaient devant les rouleaux figurant les deux immortels.
Sur le rouleau, un immortel brandissant une lance et un autre un éventail à nervures, représentés après avoir vaincu le démon malfaisant.
Les deux immortels, ayant déposé leurs armes, étaient dessinés dansant en cercle, éventails en main.
L’immortel au visage voilé et l’autre à l’éventail à côtes n’étaient représentés que par la bouche, mais tous deux souriaient doucement l’un à l’autre.
